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30 Oct 2018

Première comparution du tueur de Pittsburgh

L’homme accusé d’avoir tué onze personnes samedi matin dans une synagogue de Pittsburgh (Pennsylvanie) a comparu pour la première fois hier devant un tribunal de la ville, assis dans un fauteuil roulant après avoir été blessé par balle dans un échange de tirs avec la police.

Robert Bowers, 46 ans, vêtu d’un pull bleu, n’a répondu que par l’affirmative, ou par « oui, monsieur », aux questions posées par le juge fédéral lors de cette très brève audience de trois minutes à peine.

Le procureur général Scott Brady a indiqué lors d’une courte déclaration à la presse, tenue dès la fin de cette audience, que la prochaine comparution devant la cour était prévue jeudi à 10 heures.

  1. Bowers a été inculpé samedi de 29 chefs d’accusation, dont certains passibles de la peine de mort. Il a tué onze personnes et en a blessé six autres, dont quatre policiers.

Il vivait dans la banlieue sud de Pittsburgh, à moins de trente minutes de route de la synagogue.

Selon son acte d’accusation, il a déclaré à la police qu’il voulait « que tous les Juifs meurent et qu’ils (les Juifs) étaient en train de commettre un génocide de son peuple. »

 

Par ailleurs, l’association juive d’aide aux migrants HIAS, visée par des messages haineux du tireur de Pittsburgh, est plus déterminée que jamais à favoriser l’accueil des réfugiés, qui ont vu la porte des Etats-Unis se refermer depuis l’élection de Donald Trump.

Robert Bowers, qui a perpétré samedi la pire attaque antisémite de l’histoire des Etats-Unis, s’en prenait régulièrement sur les réseaux sociaux à la Hebrew immigrant aid society (HIAS), une des neuf associations accréditées par le gouvernement pour accueillir les réfugiés.

« HIAS aime amener des envahisseurs pour tuer les nôtres. Je ne peux pas rester assis et voir les miens se faire massacrer, j’y vais », a-t-il écrit avant d’aller abattre onze fidèles dans une synagogue de Pittsburgh, en Pennsylvanie.

« Dévastée », l’association, fondée à New York en 1881 pour aider les Juifs fuyant les pogroms en Russie et en Europe de l’est, a immédiatement dénoncé dans un communiqué une « tragédie horrible ».

Mais « cela ne va pas affecter notre mission d’un iota », s’est empressé d’ajouter son directeur, Mark Hatfield, interrogé par l’agence juive JTA. « Au contraire, cela renforce la nécessité pour la communauté juive de se montrer accueillante ».

L’association, qui fournissait à ses débuts des repas kascher ou des emplois aux juifs tout juste débarqués à Ellis Island, a soutenu de nombreuses familles fuyant l’antisémitisme du bloc soviétique, dont celle du cofondateur de Google Sergey Brin, arrivé à l’âge de six ans aux Etats-Unis.

« Je n’aurais jamais eu les mêmes opportunités en URSS ou même dans la Russie d’aujourd’hui », expliquait-il en 2009 au New York Times après avoir donné un million de dollars à HIAS. « J’aimerais que tout le monde puisse poursuivre ses rêves et c’est ce que fait cette organisation ».

L’association, désormais basée à Silver Spring, près de Washington, avait depuis une douzaine d’années élargi son action pour soutenir les réfugiés de toutes confessions et origines. Dotée d’antennes dans plusieurs pays, elle a dernièrement aidé des Syriens, Afghans ou Somaliens fuyant les conflits.

Assistance juridique, consultations médicales, programmes de réinstallation…, elle assure sur son site internet avoir facilité l’accueil de plus de 4,5 millions de personnes au total.

Son action, reconnue, lui a valu d’être agréée comme l’une des neuf agences habilitées à travailler avec les autorités pour l’accueil des réfugiés. D’autres organisations confessionnelles participent aussi à cet effort.

HIAS était toutefois entrée en conflit avec l’administration de Donald Trump, s’opposant notamment au « travel ban », l’interdiction pour les personnes originaires de certains pays à majorité musulmane d’entrer aux Etats-Unis.

HIAS avait aussi critiqué à plusieurs reprises la baisse du nombre de réfugiés accueillis dans le pays. Sous le président démocrate Barack Obama, les Etats-Unis avaient pour objectif d’accueillir 110.000 réfugiés par an. Le milliardaire républicain a fait tomber la barre à 30.000.

Vendredi encore, elle appelait l’administration à respecter le droit d’asile et à ne pas refouler les migrants qui se présentent à la frontière mexicaine, comme Donald Trump a menacé de le faire.

Selon CNN, le tueur Robert Bowers avait diffusé sur internet une vidéo montrant apparemment HIAS travailler à cette frontière. Reprenant une thèse courante à l’extrême droite, il qualifiait les réfugiés d' »envahisseurs ».

Après son arrestation samedi, il a expliqué à un agent avoir « voulu tuer des juifs », les accusant de mener « un génocide » contre son peuple, blanc.

« Ce gars est venu avec sa haine des juifs, sa haine des réfugiés et sa haine de HIAS », a commenté Mark Hetfield, cité par le site d’information de la communauté juive américaine, Forward. « On ne peut pas tolérer ça ».

(AFP)

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