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10 Août 2018

Moscou réplique à Washington

La Russie a promis des mesures de rétorsion aux nouvelles sanctions imposées par les Etats-Unis en lien avec l’empoisonnement à l’agent innervant Novitchok au Royaume-Uni, dénoncées par le Kremlin comme « inadmissibles », « inamicales » et « illégales ».

Moins d’un mois après les échanges d’amabilités pendant le sommet d’Helsinki entre Donald Trump et Vladimir Poutine, l’heure est de nouveau à la confrontation. Si les sujets de discorde sont nombreux entre Moscou et Washington, ces nouvelles mesures punitives sont liées à l’empoisonnement début mars à Salisbury, au Royaume-Uni, de l’ex-agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia.

« Quelles que soient les sanctions prises à l’encontre de la Russie, les mesures de représailles seront identiques. Elles seront prises en fonction des actions américaines », a indiqué à la presse la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova. « S’ils prennent des mesures, nous répondrons. Ce n’est pas notre choix », a-t-elle ajouté, assurant que Moscou ne se plierait pas « au langage des ultimatums et de la force ».

Les sanctions envisagées par Washington, qui portent sur l’exportation de certains produits technologiques, comme des appareils ou de l’équipement électroniques, pourraient coûter « des centaines de millions de dollars » à l’économie russe, a indiqué un responsable américain ayant requis l’anonymat.

A partir du moment où les sanctions entreront en vigueur, la Russie aura 90 jours pour déclarer qu’elle n’utilise plus d’armes chimiques ou biologiques, s’engager à ne plus le faire à l’avenir et permettre des inspections pour s’assurer de leur élimination, a-t-il ajouté.

En cas de non respect de ces exigences, une deuxième salve de sanctions « draconiennes » serait décrétée, a poursuivi ce responsable, notant qu’elles pourraient aller jusqu’à interdire les aéroports américains aux compagnies aériennes russes ou même suspendre les relations diplomatiques entre les deux pays.

Qualifiée d' »absolument inacceptable » par le Kremlin, leur annonce a provoqué un coup de froid jeudi à l’ouverture des marchés financiers russes. Les indices boursiers ont chuté et la monnaie russe est tombée à son plus bas niveau en deux ans face au dollar, avant un retour au calme progressif.

Le ministre des Finances Anton Silouanov a assuré que le gouvernement et la banque centrale disposaient de « tous les instruments nécessaires pour garantir la stabilité financière », relevant que l’économie russe était devenue « ces dernières années bien plus résistante aux chocs extérieurs ».

La Russie est soumise à des sanctions occidentales de plus en plus strictes depuis l’annexion de la Crimée en 2014, contribuant avec la chute des prix des hydrocarbures à provoquer deux ans de récession dont elle est sortie fin 2016.

Les Etats-Unis n’ont cessé de renforcer leur arsenal ces dernières années sur fond d’accusations d’ingérence russe dans les élections américaines, ce malgré les promesses de réconciliation de Donald Trump.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a qualifié les Etats-Unis de « partenaire imprévisible », mais ajouté « garder l’espoir de relations constructives avec Washington »: « Ces relations ne sont pas seulement dans les intérêts de nos deux peuples, mais aussi de la stabilité et de la sécurité dans le monde ».

Il a « démenti encore une fois de la manière la plus catégorique toutes les déclarations sur une quelconque implication de la Russie » dans l’empoisonnement de Salisbury.

L’empoisonnement confirmé de l’ex-agent double et de sa fille par leur exposition au Novitchok, un agent neurotoxique mis au point par l’Union soviétique à la fin de la Guerre froide, avait été attribué par Londres au gouvernement russe, qui avait nié toute implication.

Londres a salué les nouvelles mesures américaines comme « un message univoque à la Russie que son attitude impétueuse ne restera pas sans réponse ».

A Moscou, le ministère des Affaires étrangères a accusé Washington d’avoir « sciemment choisi le chemin de la confrontation dans les relations bilatérales qui sont déjà pratiquement réduites à zéro par ses propres efforts ».

Selon l’expert russe Vladimir Vassiliev, chercheur à l’Institut des Etats-Unis et du Canada à Moscou, les sanctions américaines visant la Russie sont désormais « plus seulement un moyen de pression, mais d’ultimatum ».

« Cela nous renvoie vers un état du monde qui avait peut-être été oublié, mais qui avait un nom très simple dans les années 1950: la stratégie du bord de l’abîme », a-t-il affirmé.

(AFP)

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