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26 Déc 2018

Menaces voilées de la Turquie contre la France

La Turquie a mis en garde mardi la France pour son soutien à une milice kurde en Syrie en première ligne dans la lutte contre les jihadistes et qu’elle entend mettre en déroute dans la foulée du retrait américain annoncé.

Cette milice, les Unités de protection du peuple (YPG), est le fer de lance sur le terrain en Syrie de la coalition internationale emmenée par Washington contre le groupe Etat islamique (EI), mais elle est considérée comme « terroriste » par Ankara pour ses liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui mène une guérilla sanglante sur le territoire turc depuis 1984.

« Ce n’est un secret pour personne que la France soutient les YPG. Macron a rencontré leurs représentants », a déclaré le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu, cité par l’agence étatique Anadolu, lors d’une rencontre avec des journalistes turcs.

« Nous n’avons pas d’information sur l’envoi de nouveaux soldats (français) mais ils maintiennent leur présence actuelle. S’ils restent pour contribuer à l’avenir de la Syrie, alors merci. Mais s’ils restent pour protéger les YPG, cela ne sera bénéfique pour personne », a-t-il ajouté.

Le président américain Donald Trump a ordonné mercredi le retrait des quelque 2.000 militaires américains déployés en Syrie, combattant les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) aux côtés d’une coalition arabo-kurde dominée par les YPG.

La France participe à la coalition internationale conduite par les Etats-Unis contre les jihadistes en Syrie et en Irak. Elle a déployé son artillerie et son aviation. Selon plusieurs sources, des éléments des forces spéciales sont aussi présents au sol en Syrie, mais Paris n’a jamais confirmé cette présence.

Le président français Emmanuel Macron a affirmé dimanche « regretter profondément » la décision américaine, estimant qu’un allié « se doit d’être fiable ».

La France a aussi affirmé qu’elle restait engagée dans la coalition anti-EI en dépit du retrait annoncé des troupes américaines de Syrie.Trump a affirmé dimanche après un entretien téléphonique avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan qu’il comptait sur lui pour « éradiquer » l’EI, estimant que le groupe jihadiste était déjà « en grande partie vaincu ».

« Nous avons la force nécessaire pour neutraliser l’EI seuls », a assuré mardi M. Cavusoglu.

  1. Erdogan et Trump ont convenu d’assurer une étroite coordination du retrait prévu des forces américaines.

Signe du réchauffement spectaculaire des relations entre les deux pays après plusieurs mois de tensions, alimentée notamment par le soutien de Washington aux YPG, M. Erdogan a invité Donald Trump à effectuer une visite en Turquie en 2019, selon des responsables américains et turcs.

« Bien que rien de définitif ne soit en train d’être programmé, le président (Trump) est ouvert à une rencontre potentielle à l’avenir », a assuré Hogan Gidley, un porte-parole de l’exécutif américain.

Une délégation américaine est attendue dès cette semaine pour discuter « des moyens de coordonner » le retrait américain.Erdogan a en outre annoncé mardi qu’une délégation turque se rendrait dans les prochains jours en Russie, autre acteur clef en Syrie, pour des discussions axées sur le retrait américain. Il aussi affirmé qu’il envisageait d’en discuter en personne avec son homologue russe Vladimir Poutine.

Renforçant la pression sur les YPG, désarçonnées par l’annonce de l’imminent retrait de leurs alliés américains, la Turquie a acheminé lundi de nouveaux renforts militaires à sa frontière avec la Syrie en préparation de l’offensive qui se profile, même si M. Erdogan a décidé d’y surseoir dans l’immédiat.

Des unités militaires, des canons de type Howitzer et des batteries d’artillerie ont été acheminés en convoi vers le district Elbeyli, face à la frontière syrienne dans la province turque de Kilis, selon l’agence étatique Anadolu.

Cet envoi de renforts avait commencé ce week-end avec l’arrivée d’une centaine de véhicules militaires turcs dans la région d’al-Bab, contrôlée par des forces pro-turques dans le nord de la Syrie, a indiqué le quotidien Hürriyet.

(AFP)

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