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01 Fév 2019

L’UE contourne les sanctions américaines contre l’Iran

Paris, Berlin et Londres ont annoncé hier la création d’un mécanisme de troc pour permettre aux entreprises de l’UE de commercer avec l’Iran malgré les sanctions américaines, une initiative saluée par Téhéran comme une « première étape » pour sauver l’accord sur le nucléaire.

« C’est un geste politique important », a soutenu le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian, lors d’un point de presse avec ses homologues allemand Heiko Maas et britannique Jeremy Hunt, en marge d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne à Bucarest.

Parrains de cette entité, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni sont les trois signataires européens de l’accord nucléaire conclu avec Téhéran en 2015 à Vienne. Les trois autres parties sont la Chine, la Russie et, jusqu’à leur retrait, les Etats-Unis.

Baptisée Instex (Instrument in Support of Trade Exchanges), elle sera basée à Paris, dirigée par un banquier allemand, Per Fischer, et lancée avec un capital initial de 3.000 euros fourni par les trois pays. Ce montant est appelé à augmenter rapidement pour être porté à 100.000 euros puis à un million d’euros, a expliqué à l’AFP un diplomate impliqué dans les négociations.

Le système est une création intergouvernementale mais elle sera endossé par l’UE dans le cadre d’un texte de conclusions sur l’Iran approuvé mercredi par les représentants des 28 à Bruxelles.

Le mécanisme n’est pas encore complètement opérationnel et « il marchera si l’Iran établit de son côté une structure identique, miroir, ce qui reste pour l’instant à faire », a indiqué une source européenne.

– « Engagement constructif » –

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A Téhéran, le ministre iranien des Affaites étrangères, Mohammad Javad Zarif, a salué dans un tweet la création d’Instex, « une première étape attendue depuis longtemps » après « la réimposition illégale de sanctions par les Etats-Unis ».

« Nous restons prêts pour un engagement constructif avec l’Europe sur un pied d’égalité et avec un respect mutuel », a assuré M. Zarif, qui a joué un rôle majeur dans la signature de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien.

Les Européens veulent que l’Iran continue de respecter les engagements pris dans le cadre de l’accord du 14 juillet 2015, notamment de cesser le programme lui permettant de se doter de l’arme nucléaire malgré la décision des Etats-Unis de se retirer et d’imposer de nouvelles sanctions économiques à la république islamique.

Ils se sont engagés à trouver une solution pour permettre à l’Iran de continuer à commercer et notamment vendre son pétrole.

« L’Instex va permettre à l’UE de poursuivre un commerce licite avec l’Iran dans les domaines de la santé et de l’agroalimentaire », a expliqué Jean-Yves Le Drian.

– Pas de flux financiers –

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Le mécanisme est complexe. Il y a deux transactions à chaque fois entre un exportateur iranien qui vend à une firme européenne et un exportateur européen qui vend à l’Iran.

Les flux financiers se feront entre l’importateur et l’exportateur européens et entre l’importateur et l’exportateur iraniens.

Aucun transfert d’argent ne sera donc réalisé entre l’Iran et les pays européens et aucun flux financier ne sera enregistré entre l’Iran et l’Europe. Les banques du pays de l’importateur et de l’exportateur européens échangeront de l’argent et la même opération sera effectuée en Iran.

« Cela fonctionne comme une chambre de compensation, c’est un système sophistiqué de troc », a-t-on précisé.

La Belgique s’est dite prête à utiliser cette entité « parce que nous soutenons la logique de l’accord nucléaire. On veut vraiment sa mise en oeuvre », a annoncé le chef de la diplomatie belge Didier Reynders.

« En bout de course, ce sont les entreprises qui décideront si elles veulent ou non continuer à travailler en Iran en connaissant les risques des sanctions américaines », a-t-il souligné.

Washington a déjà mis en garde les Européens contre les conséquences de leur décision de contourner ses sanctions contre l’Iran.

Ces sanctions s’apparentent à un chantage contre les pays tiers qui commercent actuellement avec l’Iran: les entreprises européennes ou asiatiques se verront interdites de marché américain si elles continuent d’importer du pétrole iranien, ou d’échanger avec des banques iraniennes ciblées par Washington. Beaucoup devraient choisir les Etats-Unis, ou l’ont déjà fait.

(AFP)

 

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