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08 Nov 2018

L’Elysée renonce à célébrer le maréchal Pétain

Déjà émaillé d’interpellations sur le pouvoir d’achat, le périple d’Emmanuel Macron sur les traces de la Grande Guerre a été perturbé par une nouvelle polémique hier, cette fois sur l’opportunité de rendre hommage à Pétain dans le cadre du centenaire de l’armistice de 1918.

L’exécutif a tenté de tuer dans l’oeuf cette polémique qualifiée de « mauvaise » et « vaine » par le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, face notamment aux critiques virulentes. Mais finalement, dans un tweet publié hier soir, l’Elysée annonçait que seront célébrés samedi uniquement les maréchaux inhumés aux Invalides.

Juste avant le Conseil des ministres délocalisé à Charleville-Mézières, Emmanuel Macron avait jugé « légitime » de rendre hommage au maréchal Pétain samedi, arguant que le chef du régime de Vichy avait été « pendant la Première Guerre mondiale un grand soldat » avant de conduire « des choix funestes » pendant la Deuxième en collaborant avec le régime nazi.

Philippe Pétain fait partie des huit maréchaux de la Grande Guerre qui seront célébrés aux Invalides, lors d’une cérémonie à laquelle participeront les plus hauts responsables militaires français.

« Il est légitime que nous rendions hommage aux maréchaux qui ont conduit l’armée à la victoire, comme chaque année. Mon chef d’état-major sera présent à cette cérémonie », a dit M. Macron, interrogé par des journalistes.

« Samedi, le chef d’état-major fleurira la tombe des cinq maréchaux qui sont aux Invalides où il n’y a pas Pétain », a précisé l’Elysée, insistant que « l’Etat français ne célèbrera donc pas Pétain ».

Relancé sur le sujet en fin d’après-midi, en déplacement dans l’Aisne, M. Macron a expliqué qu’il « ne pardonn[ait] rien » des actes de Philippe Pétain mais qu’il « ne gomm[ait] rien » de l’Histoire de France.

« Le maréchal Pétain, quand il a dirigé la France pendant la Deuxième Guerre mondiale, a été complice de crimes profonds qui ont été reconnus », a-t-il ajouté, tout en accusant les journalistes de créer des polémiques, « tout seuls » dans leur « bocal ».

Les propos d’Emmanuel Macron ont suscité de nombreuses critiques. Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) qui s’est dit « choqué ». SOS Racisme et l’Union des étudiants juifs de France ont dénoncé une stratégie et une tentative de « réhabilitation ».

Plusieurs élus, surtout à gauche, ont également protesté. « Pétain est un traître et un antisémite. Ses crimes et sa trahison sont imprescriptibles. Macron, cette fois-ci, c’est trop ! », a dénoncé Jean-Luc Mélenchon. « Rien ne justifie une telle honte », a estimé l’ex-candidat PS à la présidentielle Benoît Hamon.

Au contraire, pour le député Les Républicains Philippe Gosselin, « il y a lieu de rendre hommage au général Pétain » de la Grande Guerre, même s’il « ne s’agit pas de faire l’apologie de l’Etat français du régime de Vichy » de 1940-1944.

Cette polémique est une nouvelle source d’embarras pour l’exécutif au beau milieu de « l’itinérance mémorielle » entamée dimanche à Strasbourg par Emmanuel Macron et qui se terminera ce week-end par les célébrations du centenaire en présence d’une soixantaine de dirigeants étrangers.

Le périple présidentiel est déjà parasité par la colère contre la hausse des prix des carburants sur laquelle Emmanuel Macron a encore été interpellé pendant toute la journée.

« Attendez le 17, vous allez voir! », lui a lancé un passant à Charleville-Mézières en faisant référence à l’appel à bloquer les routes le 17 novembre en signe de protestation, quand un autre lui lançait: « soyez courageux, ne lâchez pas ».

« Je sais qu’il y a des gens qui râlent. Je tiendrai bon », a réaffirmé le chef de l’Etat, avant de répéter qu’il avait décidé d’aider les plus pénalisés.

« Ceux qui sont obligés de se déplacer chaque jour pour travailler » seront « mieux aidés », a-t-il répété en indiquant que le gouvernement travaillait sur le mécanisme.

Lors de sa visite dans l’après-midi d’un Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) à Rozoy-sur-Serre (Aisne), Emmanuel Macron a de nouveau été interpellé. « Je suis aide-soignante dans un foyer. La hausse du carburant fait que je me demande si je ne vais pas être obligée de démissionner », lui dit une dame au bord des larmes.

« Vous êtes dans la cible de ce qu’on va mettre en place », lui a promis le président.

Emmanuel Macron devait se rendre dans la soirée à La Flamengrie (Aisne), le petit village de Thiérache où a résonné le premier coup de clairon de l’Armistice de 1918.

Cette journée de mercredi est la première du parcours présidentiel à se tenir dans la région des Hauts-de-France. Le chef de l’Etat y restera jeudi, avec des étapes prévues à Maubeuge (Nord), Notre-Dame-de-Lorette (Pas-de-Calais) et Arras.

(AFP)

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