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11 Jan 2019

Le gouvernement affiche sa fermeté

Répondre à la crise des « gilets jaunes » mais poursuivre les réformes: en visite en Allemagne, le Premier ministre a tenté jeudi de calmer les inquiétudes des partenaires étrangers à l’égard d’un possible « immobilisme » politique à Paris.

Le gouvernement a « la volonté résolue de poursuivre les réformes car l’immobilité serait probablement le plus grand risque », a assuré jeudi soir Edouard Philippe lors d’un dîner réunissant des chefs d’entreprise à la chambre de commerce et d’industrie de Cologne.

Malgré les images « choquantes » et d’une « grande violence » venues de France qui ont fait le tour du monde, le chef du gouvernement a décrit une France « sur la bonne voie » d’un point de vue économique, citant notamment une croissance « plutôt bonne ».

« Est-ce assez rapide? Probablement pas. Est-ce que ces mesures suscitent l’enthousiasme? Pas complètement », a-t-il euphémisé, alors que l’exécutif est au plus bas dans les sondages.

Le mouvement des « gilets jaunes », a déjà contraint l’exécutif à dépenser plus de 10 milliards d’euros et gonfler le déficit 2019 au delà de la barre européenne des 3%, pour calmer la fronde. Il suscite aussi de grands doutes en France et à l’étranger sur la capacité du président Macron à sortir de l’ornière et poursuivre sa ligne de « transformation ».

Réformes des retraites, négociations sur l’assurance-chômage, grand débat national post-« gilets jaunes », élections européennes…: Emmanuel Macron et son Premier ministre vont devoir franchir de nombreuses haies en 2019, dans un contexte déjà explosif.

« Ce qui m’inquiète, c’est comment on revient à la normale. Tout est explosif, tout devient une mini-bombe », s’inquiète un député français de la majorité.

Des inquiétudes partagées en Allemagne; « Sarkozy en son temps avait dit qu’il ferait des réformes, il a vite rebroussé chemin face à la résistance de l’opinion. Hollande n’a même pas essayé. Macron a essayé mais il rencontre des difficultés en raison d’erreurs sur la manière de les mener », juge ainsi une source gouvernementale allemande de haut rang.

Pour justifier le revirement face aux « gilets jaunes », Edouard Philippe a cité l’ancien chancelier Konrad Adenauer: « Il n’est pas indispensable de garder le même point de vue. Personne ne peut nous empêcher de devenir plus intelligents ».

Il en a aussi profité pour amorcer la campagne des européennes de mai 2019, premier grand test électoral en France après deux années de présidence Macron.

« Il ne s’agit pas simplement d’une élection pour déterminer si on va aller un peu plus à gauche ou un peu plus à droite » mais si une « majorité » existe au Parlement européen pour défendre « les valeurs sur lesquelles l’Europe a été construite », a-t-il dit.

« Les clowns, les +cinq étoiles+, les +Vrais Finlandais+ pourraient avoir une majorité contre les partis du milieu (…) Ce projet européen on ne va pas vous laisser le casser, nous allons lutter pour! », a pour sa part lancé le ministre-président du Land de Rhénanie du Nord, Armin Laschet (CDU).

La dernière sortie d’Edouard Philippe hors de la région parisienne, en Haute-Vienne fin décembre, avait été beaucoup plus mouvementée, avec des manifestations de « gilets jaunes » devant les deux mairies où il s’était rendu.

Le président Macron entame la semaine prochaine une tournée des régions pour faire vivre le « grand débat national » qui doit faire remonter les doléances après le mouvement des « gilets jaunes ». Le Premier ministre doit en préciser les derniers contours lundi, après d’ultimes réunions avec les partenaires sociaux et des élus locaux vendredi et lundi matin.

Avant son discours à Cologne, Edouard Philippe s’était rendu dans l’après-midi dans un lycée de l’ancienne capitale fédérale allemande, à Bonn. C’est là qu’entre 1986 et 1988 il avait passé deux ans au lycée franco-allemand qui s’y trouvait à l’époque.

Si les « gilets jaunes » sont une expression française, « dans beaucoup d’autres pays on a vu des mouvements sociaux exprimer quelque chose d’analogue, soit sur le plan politique, soit sur le plan social », a-t-il plaidé lors d’un échange avec des lycéens.

(AFP)

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