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06 Août 2018

Il était le dernier du « Groupe Manouchian »

Né en plein génocide arménien, militant pendant le Front populaire et résistant face à l’occupant nazi: Arsène Tchakarian, dernier survivant du « groupe Manouchian », s’est éteint samedi à l’âge de 101 ans après une vie dédiée au combat contre les « fascistes ».

« Je suis un peu le dernier des Mohicans, comme on dit », confiait à l’AFP en 2011 ce vieux monsieur alerte qui avait transformé son pavillon de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) en centre d’archives et écumait collèges et lycée pour défendre la reconnaissance du génocide arménien et offrir son témoignage sur l’Occupation.

« Il fut un héros de la résistance et un témoin inlassable dont la voix jusqu’au bout résonna avec force », a salué le président Emmanuel Macron dans un tweet, rendant notamment hommage à « son « travail de mémoire ».

Né en 1916 dans ce qui était encore l’Empire ottoman, Arsène Tchakarian arrive en 1930 à Paris, où sa fibre militante ne tarde pas à s’épanouir. Jeune apprenti tailleur, il croise rapidement le fer avec les ligues d’extrême droite qui tentent de prendre d’assaut l’Assemblée nationale en 1934.

Deux ans plus tard, sa conscience communiste s’aiguise encore avec les grèves du Front Populaire et les premières grandes luttes de salariés. « Mon patron m’avait promis 5 francs par semaine mais, même ça, il ne me le donnait pas », disait celui qui revendiquait une fidélité éternelle à la « classe ouvrière ».

« Résistant de la première heure, Arsène a participé à tous les combats progressistes de ce siècle (…). Modeste et humble, c’est pourtant un grand homme qui nous quitte aujourd’hui », a réagi dimanche Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, assurant que le Parti communiste était « fier » de l’avoir compté dans ses rangs.

Quand la guerre éclate en 1939, Arsène Tchakarian n’est pas encore français mais il est envoyé sur le front d’un conflit qui tourne court. De retour à Paris, c’est le choc. « Il y avait des Allemands partout, le drapeau nazi sur la Tour Eiffel », racontait-il.

Il compte alors parmi ses amis un certain Missak Manouchian, journaliste dont il partage les origines arméniennes et l’engagement communiste. C’est lui qui lui fournit les premiers tracts anti-nazis en 1942, prémices d’un mouvement de résistance, regardé avec méfiance par les gaullistes.

« Ils hésitaient à nous fournir des armes. L’URSS faisait peur et on était des bolcheviques pour eux », assurait-il.

Après l’unification de la Résistance, c’est en 1943 que naît le « Groupe Manouchian », composé d’immigrés de tous bords (Italiens, Arméniens, juifs polonais…) que les autorités allemandes tenteront de discréditer dans la fameuse « Affiche rouge », en fustigeant une « armée du crime » aux mains de l’étranger.

  1. Tchakarian, sous le nom de code « Charles » et ses compagnons multiplient les faits d’armes contre l’occupant nazi: déraillements, sabotages, assassinats. Le 28 septembre 1943, ils abattent, près de son domicile à Paris, le général SS Julius Ritter, responsable du Service du travail obligatoire (STO).

En quelques mois, le groupe Manouchian, qui comptera au total une centaine d’hommes et de femmes, aura ainsi réalisé près de 115 actions coup de poing à Paris et dans sa région. « La France c’était le pays des libertés, mais on se battait aussi par anti-fascisme », expliquait M. Tchakarian.

Mais en février 1944, le groupe est décimé par un coup de filet et 23 de ses membres –dont une femme– sont arrêtés, jugés et exécutés. Arsène Tchakarian échappe de peu à la rafle, grâce à un policier. Exfiltré vers Bordeaux, il continuera à servir la Résistance jusqu’à la Libération.

Bardé de décorations après-guerre, il reprend son activité de tailleur mais devra patienter jusqu’en 1958 pour être naturalisé français.

Promu à titre exceptionnel officier de la Légion d’honneur en 2012, M. Tchakarian était père de six enfants. Il est décédé samedi à l’hôpital Paul-Brousse à Villejuif.

(AFP)

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