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19 Oct 2018

Gaza: la crainte d’un nouvel embrasement

Alors que les autorités israéliennes se préparent à de violentes manifestations ce vendredi le long de la barrière de sécurité le long de Gaza, l’émissaire de l’ONU pour le Proche-Orient, le Bulgare Nickolay Mladenov, a mis en garde hier le Conseil de sécurité contre le risque d’un nouveau conflit « dévastateur » à Gaza, lors d’une réunion tendue, marquée par de vives critiques israéliennes contre un Israélien, les Palestiniens et la Bolivie.

« Gaza est en train d’imploser. Ce n’est pas une hyperbole. Ce n’est pas de l’alarmisme. C’est une réalité », a averti par liaison vidéo M. Mladenov, évoquant une économie en « chute libre ».

« Tous les indicateurs clés –humanitaire, économique, sécuritaire et politique– continuent de se détériorer. Nous restons au bord d’un nouveau conflit potentiellement dévastateur, un conflit que tout le monde dit ne pas vouloir, mais qui demande bien plus que des mots pour l’éviter ». A défaut « d’actions très claires de toutes les parties pour réduire la tension, les conséquences seront terribles », a-t-il avancé.

« Nous sommes au seuil d’une escalade majeure », a reconnu un peu plus tard l’ambassadeur israélien à l’ONU, Danny Danon, condamnant le lancement récent de roquettes de Gaza vers son pays.

Immédiatement après Nickolay Mladenov, la Bolivie avait choisi de faire intervenir Hagai El-Ad, directeur de B’Tselem, une ONG israélienne opposée à l’occupation israélienne dans les Territoires palestiniens.

« La bande de Gaza, où vivent 2 millions de personnes, est une prison à ciel ouvert », a notamment dit cet Israélien, assis à côté de l’ambassadeur palestinien auprès de l’ONU, Riyad Mansour.

Israël a vivement critiqué sa présence et son intervention. Le Conseil vient d’assister à « un cirque », a asséné l’ambassadeur israélien, Danny Danon,  soulignant que l’organisation de M. El-Ad était financée par des Européens.

Abandonnant l’anglais, le diplomate a prononcé quelques phrases en hébreu à l’attention de Hagai El-Ad, incompréhensibles pour la majorité des membres du Conseil de sécurité.

Selon une source diplomatique, Danny Danon a lancé au directeur de B’Tselem qu’il était « un citoyen israélien au service de l’ennemi ». « Honte à toi, collaborateur », a-t-il ajouté, selon cette même source.

En anglais, M. Danon a aussi vivement reproché à la Bolivie son initiative. « Trouvez-moi un Palestinien ou un Bolivien venant devant le Conseil de sécurité critiquer ses autorités », a-t-il lancé, fustigeant par ailleurs « la culture de la haine » des Palestiniens et de leur dirigeant Mahmoud Abbas à l’égard d’Israël.

L’ambassadrice britannique, Karen Pierce, s’est élevée contre le recours à l’hébreu par son homologue israélien.

« C’est un débat ouvert. Ce n’est plus un débat ouvert si nous ne pouvons pas comprendre ce qui est dit, peu importe qui parle. Donc j’aimerais bien s’il vous plaît savoir ce que le représentant israélien a dit en hébreu à M. El-Ad », a-t-elle réclamé, demandant à la présidence du Conseil d’interrompre tout orateur dont les propos ne seraient pas traduits par les interprètes.

L’ambassadrice américaine Nikki Haley, qui intervenait pour la première fois au Conseil de sécurité depuis l’annonce le 9 octobre de sa démission programmée en fin d’année, est restée focalisée sur une dénonciation de l’Iran. Sans évoquer un seul instant le conflit israélo-palestinien.

Plusieurs pays européens ont en revanche exprimé leur inquiétude devant l’évolution de la situation au Proche-Orient.

« Un plan de paix qui s’affranchirait des paramètres internationalement agréés des deux États se condamnerait à l’échec », a mis en garde l’ambassadeur français François Delattre, alors que la divulgation d’un projet américain de résolution du conflit se fait toujours attendre.

Si certains diplomates du Conseil de sécurité s’interrogent sur la réalité de ce plan américain, d’autres craignent qu’en échange d’un « gros paquet économique », le projet américain ne soit « délié » de tous les paramètres internationaux, avec une capitale pour les Palestiniens « réduite à une banlieue de Jérusalem », et une absence « de référence au retour des réfugiés et au démantèlement des colonies ».

(AFP)

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