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29/04/19

L’Algérie en mode Gandhi

Emission: Le billet politique

Ce qui se passe en Algérie est littéralement hors normes. Chaque vendredi, dans toutes les villes des centaines de milliers de personnes, dépassant probablement le million, défilent contre le système FLN. Je reçois des photos de partout, de celles que les medias sauf rares exceptions ne répercutent pas : elles sont impressionnantes. On pourra toujours dire que le nombre de chômeurs est tel - un jeune de moins de 24 ans sur trois « tient le mur » toute la journée, un Algérien sur deux est sans emploi sur une longue durée – que le défilé hebdomadaire tient lieu d’occupation. En fait, une fois encore dans l’histoire moderne puisqu’ils ont été les seuls du monde arabe à mener une guerre d’indépendance, les Algériens se distinguent incroyablement de leurs « frères » . Ils sont en train de leur donner une leçon sans précédent.        La première, hélas invisible là encore dans nos médias, est la mixité hommes-femmes dans cette irrésistible houle protestatrice. Qu’elles soient en cheveux ou hidjabées, en pantalon sexy ou en robe longue, de tous âges, de tous milieux, elles sont aux côtés des hommes et portent banderoles en arabe ou en français avec la même fougue. Les femmes occupent volontairement l’espace public, en masse. Depuis le 22 février, c’est la marque d’un bouleversement général encore difficile à analyser.         La seconde leçon, toujours absente des commentaires médiatiques, s’appelle la non-violence. Ce n’est pas un hasard si des pancartes à Alger évoquent Gandhi. Renverser progressivement un régime tout puissant par la toute puissance pacifiste est déjà une gageure. Mais qu’un peuple marqué par la violence coloniale et qui a lui-même usé de la violence, y compris contre lui-même pendant une décennie de guerre civile contre les islamistes qui a fait près de 200 000 morts entre 1991 et 2000, atteigne cette maturité est tout simplement exceptionnel. Pour la planète musulmane, une révolution.         La troisième leçon, toujours absente des commentaires, directement liée à la précédente, concerne le temps long dans lequel s’inscrit délibérément ce soulèvement à la fois irrésistible pour le peuple algérien et irrépressible par l’armée algérienne. Après l’étape une, je dégage Bouteflika, pourrait s’achever bientôt l’étape 2, je dégage le chef d’état major, Ahmed Gaïd Salah, homme fort du moment qui tente de calmer les ardeurs renversantes. Il vient de donner un gage en arrêtant et même incarcérant pour corruption, laquelle gangrène tout le pouvoir civil et militaire, quelques uns des hommes d’affaires les plus riches d’Algérie, dont l’ex patron des patrons. A écouter mes amis algériens, ce gage est très insuffisant. Et j’entends de toutes parts que l’élection présidentielle prévue pour le 4 juillet prochain, sera boycottée par le peuple. L’annulant ainsi de facto. Car de tous bords, les Algériens réclament un tel nettoyage qu’il devra comporter, pour la troisième étape, un candidat indépendant à la présidentielle différée, qui n’aura ni de près ni de loin touché au système, pactisé avec lui. Un scénario à l’ukrainienne. Reste à le trouver, comme aussi les hommes et les femmes nouveaux leaders, qui piaffent dans les starting blocks. Car, il faut le répéter, outre le FLN, l’islamisme politique est fini. L’histoire, qui aime les symboles, a d’ailleurs enregistré la semaine dernière la mort en exil d’Abassi Madani, le leader du FIS de sinistre mémoire. La page que sont en train d’écrire les Algériens de là bas est enfin une bénédiction pour les Algériens d’ici. Glorieuse si elle se poursuit ainsi, elle apporterait notamment à nos jeunes d’origine algérienne une fierté inconnue. Elle pourrait leur permettre de passer outre la haineuse resucée contre le colonisateur et la honte tue de la décennie tragique.  

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