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13/05/19

La colonisation change décisivement la donne palestinienne

Emission: Le billet politique

La géographie fait la politique, notamment à Jérusalem. Cette évidence un peu oubliée dans nos contrées est le fondement même de l’oeuvre de Netanyahou qui, en dix ans, a transformé ce qui avait été engagé par ses prédécesseurs en programme délibéré : occuper tout l’espace le plus loin possible jusqu’au Jourdain de façon irréversible. Je construis, donc je suis. A Jérusalem même les Arabes sont désormais encerclés. Il est loin le temps où Ehud Barak pouvait proposer Al Qods pour capitale aux Palestiniens.

      Autour, j’ai sillonné en cercles concentriques les monts de Judée. Le message Bibi saute aux yeux. Le paysage est l’application de la loi fondamentale de juillet 2018 « Israël état-nation du peuple juif » dont l’article 7 stipule que « L’État considère le développement de la colonisation juive comme une valeur nationale et agira pour encourager et promouvoir sa création et sa consolidation. » Presque plus d’espaces libres, et ceux qui le restent ne le sont pas pour longtemps. Les arbres plantés comme une gloire il y a quelques décennies par les pionniers ont été abattus sans état d’âme, les espèces animales traquées sont en voie de disparition. Jérusalem métropole est devenue une énorme couronne de pierre à la Cecil B. de Mile, des forteresses faites autant pour se protéger que pour en imposer. Plus on roule vers l’est, vers les Territoires, plus c’est flagrant. Certes ce sont là des logements pour une population croissante grâce aux religieux mais aussi l’affirmation d’une force qui se veut invincible, une puissante, efficace, stratégie politico - militaire face aux Palestiniens de la riche Cisjordanie.   

      En empruntant le Boulevard Begin nord pour descendre vers Jericho, l’autoroute 1 longe le mur gris de la séparation. Le béton a transformé les mentalités des deux côtés. Côté palestinien, collés au mur, se dressent solidement des immeubles à l’identique comme pour dire : « Je te défie de me déloger de là ». Mais ils entérinent aussi, de façon éloquente, un état de fait, une frontière. Une forme d’acceptation de l’Etat juif. Côté israélien, le mur édifié par Sharon a offert au pays une telle sécurité que pour la majorité de la population le problème palestinien n’est plus ou presque plus une préoccupation quotidienne. Plus l’occupation du sol s’étend, plus l’angoisse s’éloigne.

      En traversant ensuite Maale Adumim où j’ai habité quelques mois à l’hiver 85/86, aujourd’hui jolie ville californienne, rues perpendiculaires et larges avenues de palmiers,  et en contemplant au-delà toutes les autres crêtes bâties, je me disais que la continuité territoriale entre Gaza et la Cisjordanie, qui m’a toujours paru irréaliste, relève désormais d’une vue de l’esprit pour ceux qui l’évoquent encore. Il y a bien dorénavant deux entités palestiniennes distinctes, l’une aux mains du Hamas, l’autre aux mains du Fatah, dont les routes divergent. Le plan Trump en tiendra forcément compte.

          Et puis je me suis rendue à Jéricho, en zone A des Territoires. Sur la route, quelques misérables tentes de bédouins, de plus en plus coincés dans leurs wadis. L’entrée dans Jéricho, interdite aux Israéliens qui s’y rendent au péril de leur vie annonce un panneau, se fait sans aucun contrôle. Pas de check point. Une ville en plein ramadan tranquille et cossue qui affiche des portraits d’Arafat et de Mahmoud Abas, des panneaux publicitaires pour le pèlerinage à la Mecque, et dont les femmes, quand elles sont dans la rue, portent toutes au moins le hidjab et la robe noires comme le wahhabisme. Un territoire branché aussi. Un policier souriant à qui je demande un renseignement m’interroge: « Vous êtes pour ou contre les Gilets jaunes ? » Et approuve qu’après les avoir soutenus, je m’en suis détournée. Et là encore, à Jéricho, ce sentiment que l’Autorité palestinienne, bien des Palestiniens de Cisjordanie, quelle que soit leur légitime hostilité à Israël, savent qu’ils n’accompliront pas leur rêve. L’économie, la force militaire israélienne, puissance nucléaire régionale, en imposent trop. Onu, Unesco, Union Européenne, les Palestiniens marquent des points sémantiquement avec leur reconnaissance de la Palestine. C’est à mes yeux un mirage. Il me semble qu’ils ont territorialement perdu la partie.  

 

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