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14/01/19

« Je ne suis pas BFM »

Emission: Le billet politique

Et maintenant, les journalistes et les medias. La fièvre jaune s’est abattue sur eux, les propos ou les actes violents se sont multipliés en particulier samedi dernier, des coups au blocage de la distribution, de l’empêchement à travailler à la menace de viol à l’égard d’une consoeur proférée par des types à poursuivre d’urgence. Presse écrite, radios et chaînes de télévision, à Paris comme en province, sont à leur tour dans le collimateur du dégagisme. Un gugusse youtubeur antisémite dont on connaît l’identité et qui devrait être rapidement sous les verrous pour incitation à la haine raciale et homophobe, autoproclamé « journaliste gilet jaune », s’en prend à des vedettes des medias avec des mensonges éhontés. Au « Je suis Charlie » de 2015, sorte de trompe-l’œil de la sidération devant le massacre des confrères du journal satirique par des terroristes islamistes français, succède le « Je ne suis pas BFM » de 2019.

Est-ce inquiétant ? Evidemment oui. Faut-il se mobiliser contre ces atteintes à la liberté démocratique ? Encore oui, et avec détermination. En condamnant aussi le propos de caste, indécent, de Rafaël Enthoven : « Il y a les dictatures où le pouvoir enferme, torture et tue les journalistes. Et il y a les démocraties comme la France où c’est « le peuple » auto-proclamé qui s’en charge. » Reste qu’il faut comprendre comment on est arrivé là.

D’abord, tout le monde est coupable, personne ne peut s’exonérer. Nous le savons bien, c’est une vieille antienne reprise par tous les Français, les politiques n’étant pas les derniers : quoi qu’il se passe, c’est toujours la faute aux journalistes. Le en même temps règne en maître ; nous serions à la fois laquais du pouvoir et valets des contestataires, à la solde du capital et trop

indépendants. Pas un groupe qui soit satisfait de la façon dont les médias le traite, on le sait ici mieux encore qu’ailleurs. Le discrédit ne date pas d’hier. Depuis 1987, plus de la moitié des Français ne croient pas que nous, journalistes, rapportons les événements comme il convient. Après différents épisodes annonciateurs, il ne faut donc pas s’étonner de ce qu’il advient. Les gilets ne sont que l’irruption bubonesque du dénigrement partagé.

Ensuite, il convient de se regarder en face. La grande question, singulièrement perturbante, est la suivante : pourquoi les journalistes, censés témoigner et relayer le monde tel qu’il est, n’ont-ils absolument pas vus venir cette révolte ? Tout simplement parce qu’au terrain nous préférons nos ordinateurs, nos péroraisons, nos opinions et les experts de bureau appelés à la rescousse de notre déconnexion du réel. Ou plutôt du réel qui n’est pas le nôtre, tant avec la disparition des idéologies nous avons collectivement basculé, en un demi siècle, du contre pouvoir au pouvoir. Les journalistes font eux-mêmes partie des 27% de la population, ces catégories les plus privilégiées appelées CSP+, qui sont comme par hasard surreprésentées dans les medias, 74%... Et puis, comme le dit à peu près seul Franz-Olivier Giesbert avec son intelligente liberté de ton : « Nous, les journalistes, il faut qu’on arrête de se poser en victimes, on a des comptes à rendre. » En effet. Aucune autre profession ne s’estime comme celle-ci au dessus des règles et des lois. La situation présente est aussi le résultat d’une invraisemblable impunité qui serait consubstantielle à la carte de presse. Le moment est venu de nous rappeler nous-mêmes aux exigences du métier.

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