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07/01/19

Le VI ème république, ou le dégagisme va continuer

Emission: Le billet politique

Il y a longtemps, le 8 février 2017 après les primaires, cette première étape du dégagisme, un maire de grande ville qui tenait chaque jeudi chronique de campagne présidentielle dans Libération, écrivait à propos des candidats se prétendant hors système, même lorsqu’ils l’incarnaient singulièrement comme Emmanuel Macron : « …Tous ont compris que la fin du cycle approche. Tous sentent que nous sommes en 1957. Voire en 1788. Ils ont raison. La nécessité d’une VIe République devrait dès lors devenir un thème central de cette campagne. Je sais : c’est un réflexe bien français de vouloir changer les institutions dès qu’on est mécontent de ceux qui les incarnent ou des politiques menées. Il y a quelques mois, j’aurais pesté devant ceux qui réclament une nouvelle Constitution. Aujourd’hui, je constate que la crise est imminente et qu’en France, on en sort par la violence ou par les institutions. Et parfois par les deux…Soit nous en prenons acte très vite, soit le «dégagisme» va continuer à sévir et conduire aux solutions extrêmes. Le bégaiement actuel de l’histoire n’a rien d’une farce. C’est un drame qu’il annonce. »

Ce maire, si juste et si prémonitoire s’appelle Edouard Philippe. Le drame, nous y sommes depuis novembre dernier et le soulèvement sans fin réelle des gilets jaunes, auquel ne peuvent apporter apaisement ni la Lettre aux Français de Macron, ni le débat national manipulateur qu’il a voulu, ni les réformes institutionnelles annoncées, ni le referendum qu’il envisagerait.

Le dégagisme ne pouvait pas s’arrêter en 2017. Cette présidentielle là, aboutissement logique du quinquennat suivi des législatives, en mettant hors jeu

le bipartisme, socle de la Vème, a sifflé sa fin. Probablement sans le savoir, les gilets l’ont enterrée sur les Champs-Elysées.

La septuagénaire avait atteint l’âge de la retraite. Mais En marche et son initiateur ont cru et croient toujours pouvoir lui faire faire les prolongations. Avec un mélange de naïveté vraie et d’arrogance irrespirable de classe nouvelle, n’ayons pas peur des mots à fumet marxiste, Macron et ses marcheurs n’ont pas pris la mesure de l’impossible. Ils ont cru qu’un chef à la tête d’un parti mondialo- techno- libéral, un parti homogène d’élus brillants, moteurs, très confortables dans la vie, une formation blanche qui ne représente jamais que 24% des votants et truste - sans opposition puissante- près de 60% des sièges de l’Assemblée nationale, allaient faire la loi. Or la victoire même de Macron contenait les germes de la crise définitive. C’est une monarchie républicaine absolue, quasi parfaite, qui s’est installée, pour le meilleur moderniste, pour le pire, décalée. Elle ne représente qu’elle-même et ses soutiens participatifs, gens de la politique, de l’économie, du médiatique, intellectuels qui méprisent et raisonnent par analogies historiques aussi dangereuses que les violences jaunes. D’aucune façon cette monarchie ne représente le peuple dans son ensemble. La plus inepte des formules pour le traduire, disparue depuis de la com, était ce « maître des horloges » dont on nous a abreuvés. Les gilets jaunes, versant classe moyenne basse des Marcheurs, ne disent pas autre chose sur le fond que cette absence de représentativité devenue intolérable. Pas seulement pour eux. La désertion des urnes qui atteint des records, 58% aux dernières législatives, par les jeunes en particulier, l’importance prise par les bulletins blancs, près de 10%, signifient bien que la Vème n’est plus adaptée, comme le voulait De Gaulle « au peuple que nous sommes, au siècle et dans le monde où nous sommes». Le peuple français est aujourd’hui multiple, en voie de métissage à long terme, confronté structurellement - et sans moyens pour les affronter - à la mondialisation et à l’immigration. La proportionnelle en est un des corollaires.

A ce grand chambardement, sans crainte d’être pris en otage par un Mélenchon comme sur tant d’autres thèmes par une Le Pen, aurait du répondre la mise en route d’un grand chantier pour le reste du quinquennat : la VI ème République. Faute de quoi, tout se passera dans la rue et les remugles seront de plus en plus nauséabonds.

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