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20 Nov 2018

Benjamin Netanyahu sauve son gouvernement

Le Premier ministre israélien semble avoir sauvé pour le moment le gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël, même avec une majorité minimale, un ministre clé ayant renoncé hier à exiger le portefeuille de la Défense pour rester. L’avenir du gouvernement en place depuis 2015 reste très aléatoire, un an avant l’échéance normalement fixée à novembre 2019 pour les législatives. Une majorité parlementaire d’une seule voix sur 120 le laisse à la merci des chantages et des défections alors que s’annoncent des débats sur des sujets susceptibles de semer la discorde, par exemple une loi concernant le service militaire des ultra-orthodoxes. Sans parler d’évènements extérieurs comme ceux qui ont mis à l’épreuve la cohésion gouvernementale. Le gouvernement est plongé dans la crise depuis qu’Avigdor Lieberman a claqué la porte de la Défense mercredi dernier, au lendemain d’un cessez-le-feu conclu avec les groupes palestiniens de la bande de Gaza, une « capitulation » pour le ministre ultranationaliste. Le parti nationaliste religieux Foyer juif conditionnait son maintien dans la coalition à l’attribution de ce portefeuille très convoité. Depuis lors, les commentateurs ne donnaient plus cher du gouvernement. Mais hier, le chef du Foyer juif et ministre de l’Education Naftali Bennett a opéré une spectaculaire marche arrière. Devant une foule de journalistes, il a durement critiqué l’action du gouvernement au cours de la décennie écoulée (dont neuf années de pouvoir de M. Netanyahu). Il a fustigé une force de dissuasion érodée et décrit des ennemis comme le Hamas palestinien et le Hezbollah libanais « chaque jour plus arrogants parce qu’ils croient que nous avons peur de les affronter ». Pour autant, il a entendu le Premier ministre promettre la veille dans une intervention télévisée « qu’il changerait de cap », a-t-il dit. Si le Premier ministre est sérieux, « nous mettons de côté toutes nos exigences politiques pour le moment ». Benjamin Netanyahu a lui réaffirmé devant une commission parlementaire qu’il serait « irresponsable » de provoquer la chute du gouvernement. Le chef du gouvernement a refusé de nommer Naftali Bennett à la Défense, et d’offrir un marchepied potentiel à un homme qui ne dissimule pas ses ambitions et auquel il voue une aversion notoire. Il a décidé d’exercer au moins pour le moment ces fonctions, en plus de celles de Premier ministre, de ministre des Affaires étrangères et de ministre de la Santé. L’apparente impasse semblait rendre inéluctables des élections anticipées. Mais Benjamin Netanyahu résiste à ce scénario, un classique en Israël où aucune législature n’est allée à son terme depuis des décennies.

Le Premier ministre a rendossé figurativement son uniforme d’ancien officier d’une unité d’élite et invoqué des menaces sécuritaires mystérieusement devenues trop pressantes pour dissoudre la coalition en ce moment. En fait, s’accordent différents commentateurs, le Premier ministre cherche à mettre le plus de distance possible entre les évènements de la semaine passée dans la bande de Gaza et des élections anticipées. Le cessez-le-feu avec les groupes palestiniens a mis fin à la pire confrontation depuis la guerre de 2014 dans l’enclave palestinienne sous blocus, mais il semble avoir écorné l’image de Benyamin Netanyahu comme le meilleur garant de la sécurité d’Israël.  En particulier, les habitants de la périphérie de Gaza, chez lesquels se recrutent de nombreux électeurs du Likoud, son parti, en veulent au gouvernement de les laisser à la merci des prochaines salves palestiniennes. Réputé pour son instinct de survie politique, Benjamin Netanyahu a une fois de plus déjoué l’adversité et Naftali Bennett serait tombé dans le piège tendu par ce maître manoeuvrier, estiment des commentateurs. Ce dernier a lui-même admis qu’il risquait de payer « le prix politique » de sa volte-face. Il a aussi dit ne pas savoir « combien de temps ce gouvernement peut survivre avec les 61 députés qui lui restent ». Mais il aurait soupesé le risque de rester l’homme de droite qui aurait fait chuter un gouvernement très à droite, et la chance au contraire de passer pour celui qui aurait infléchi la politique gouvernementale   Pour Shmuel Sandler, professeur de science politique, « la question n’est pas de savoir si, mais quand » seront convoquées des élections anticipées, M. Netanyahu étant déjà en campagne selon lui. Et c’est la question de Gaza qui risque d’en décider. Si un calme relatif persiste, « le gouvernement tiendra, sinon il tombera », conjecture-t-il. (AFP)

 

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