Sophie Nordmann
Philosophe

* Invitées de la rédaction, les philosophes Sophie Nordmann et Marie-Anne Lescourret, pour parler d’un colloque sur les penseurs juifs allemands qui se déroulera du 10 au 12  décembre 2012 à l’Institut Goethe, à Paris.

Interview 5/12/2012

 

À propos du colloque

Les penseurs juifs allemands, Heidegger et les sciences sociales

Marie-Anne Lescourret,

Paradoxe de la médiation, la philosophie allemande de l’après guerre est pour une bonne part l’oeuvre des étudiants juifs de Heidegger, lesquels donc, tragiquement, ont une dette spéculative envers un professeur qui n’a jamais reconnu ni condamné la Shoah.
Cette ironie de l’histoire a été traitée aux USA à partir de l’oeuvre de ceux qui y avaient été actifs. Ce colloque a pour objet de faire entendre pour la première fois en France la voix de l’ensemble de ces élèves juifs de Heidegger (à Marburg et Freiburg) qui sont devenus des penseurs majeurs du XXième siècle dans le domaine de la philosophie morale et politique : H. Arendt et H. Marcuse certes, mais aussi H. Jonas, G. Anders, L. Strauss, K. Löwith, jusqu’à E. Levinas, devenu français mais, qui élève de Husserl et Heidegger à Feiburg-en-Brisgau, a transmis la phénoménologie en France, et E. Weil, l’un des premiers critiques de Heidegger.

Hannah Arendt.

L’on reviendra sur la fascination exercée par le jeune Heidegger sur ses étudiants dans les années 20, sur la nouveauté que représentait son enseignement dans l’Allemagne néo-kantienne, dont le bouleversement s’exprima dans la fameuse controverse de Davos entre Heidegger et Ernst Cassirer. Et l’on examinera la dette intellectuelle de ces penseurs envers leur maître, dans les divers domaines de leur production.

Intervenants : P. Delhom, R. Mehring, F. Coppens, J. Barash, C. Birman, J.M. Durand-Gasselin, J. Grange, E. Jolly, Th. Keller, M.A. Lescourret, S. Nordmann, J.F. Rey, A. Zafrani, Y.C. Zarka, E. Donaggio, R. Bodei, J. Hansel, S. Wygoda, A. Herzog, D. Thomä.

Pour plus d’infos sur ce colloque :

www.sirel-levinas.org

 

* Invitée de la rédaction, Sophie Nordmann, à l’occasion de la parution de son livre « Phénoménologie de la transcendance », paru aux Éditions d’écarts, Collection Diasthème.

Interview 10/07/2012

 

À propos du livre

Phénoménologie de la transcendance

Toute phénoménologie, par définition, part de et en reste au monde tel qu’il s’offre à la conscience. Une « phénoménologie de la transcendance » semble donc une entreprise impossible, puisqu’il s’agirait de chercher dans l’expérience du monde « quelque chose » qui ne puisse en aucune manière que ce soit être rapporté au monde. L’expression de « phénoménologie de la transcendance » est ainsi formellement contradictoire : car si la transcendance était «phénomène» et pouvait faire l’objet d’une « -logie », d’une saisie par le logos, elle serait précisément de l’ordre de ce qui peut être mis sous la proposition « il y a quelque chose plutôt que rien ». Pour le dire autrement, si la transcendance était objet d’expérience possible, alors justement elle ne serait plus transcendance. Par principe, une « phénoménologie de la transcendance » ne cherchera donc pas positivement « quelque chose » de transcendant dans le monde. Il ne pourra s’agir que d’une phénoménologie de la trace : phénoménologie de ce qui est au monde sur le mode de la non-présence et de la non-représentabilité, phénoménologie de ce qui « brille par son absence » (p. 14-15).

« Seul un monde au cœur duquel s’est ouverte la perspective d’un autre ordre que le sien est inachevé : si aucune brèche, aucune fenêtre n’est ouverte sur un autre horizon que celui du monde tel qu’il est, si le monde est à lui-même son propre horizon ultime et indépassable, alors il est déjà parfaitement achevé » (VII.1).