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29 Mar 2018

L’hommage à Mireille Knoll et la polémique

Des milliers de personnes, dont de nombreux responsables politiques, ont défilé mercredi en mémoire de l’octogénaire juive tuée à Paris, un moment de recueillement terni par des incidents liés à la venue de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen.

A la mi-journée, Emmanuel Macron avait assisté au cimetière parisien de Bagneux (Hauts-de-Seine) aux obsèques de Mireille Knoll, 85 ans, dont le meurtre vendredi dernier a ravivé les inquiétudes sur l’antisémitisme en France.

Elle a été « assassinée parce qu’elle était juive », victime du même « obscurantisme barbare » que le colonel Arnaud Beltrame, tué le même jour par un jihadiste dans l’Aude, avait-il déclaré quelques heures avant, lors de l’hommage national rendu au gendarme aux Invalides.

A Paris, des milliers de personnes – 30.000 selon le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), initiateur du rassemblement – se sont ébranlées vers 19H00, guidées par des représentants de la société civile, roses blanches en main, suivis d’élus ceints de leurs écharpes tricolores.

« La France contre l’antisémitisme », proclamait la banderole en tête de la marche.

Parti de la place de la Nation, le cortège a parcouru quelques centaines de mètres pour rallier l’immeuble de Mme Knoll, dans le XIe arrondissement, où étaient accrochés un portrait de la victime, des petits mots et des bouquets de fleurs. A l’approche du bâtiment, des manifestants ont entonné une Marseillaise.

Parmi les anonymes, Annie, une rose à la main, a dit être venue « pour la paix » et « contre la sauvagerie de barbares qui ne sont plus des êtres humains ».

D’autres rassemblements ont eu lieu à Marseille (environ 800 personnes), Strasbourg (700), Lyon (500), Nantes (200), Bordeaux (200) et Toulouse (plusieurs centaines), selon des correspondants de l’AFP et la police. A Jérusalem, des dizaines de membres de la communauté francophone d’Israël ont allumé, sur la place de Paris, des bougies et entonné les hymnes israélien et français.

Le délégué général de LREM Christophe Castaner et le président des Républicains Laurent Wauquiez, entre autres, étaient aussi présents à Paris, tout comme les chanteurs Enrico Macias et Patrick Bruel ou le vice-président du Conseil français du culte musulman (CFCM) Anouar Kbibech.

« Lorsqu’il s’agit de lutter contre l’obscurantisme ou contre l’antisémitisme ou contre le fanatisme, tout ce qui rassemble grandit », avait déclaré le Premier ministre Édouard Philippe dans l’après-midi à l’Assemblée nationale, avant de recevoir la famille de Mireille Knoll.

 

 

Cependant, au début de la marche parisienne, les arrivées de Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise, et de la présidente du Front national Marine Le Pen, dont les venues n’étaient pas souhaitées par le Crif au nom du rejet des « extrêmes », ont suscité insultes et bousculades, au point que les deux responsables ont dû quitter le cortège.

« Nous sommes à notre place », a réagi Mme Le Pen, parvenue finalement devant l’immeuble de Mireille Knoll bien après la tête du cortège. Jean-Luc Mélenchon a qualifié d' »épiphénomène » la réaction de « 40 énergumènes ».

Dans cette polémique, un des fils de la victime, Daniel Knoll, avait appelé « tout le monde sans exception » à participer à la marche, ajoutant: « Le Crif fait de la politique et moi, j’ouvre mon coeur ».

Dans la soirée, il a repris la parole lors d’une cérémonie d’hommage à sa mère à la synagogue des Tournelles à Paris. « Nous avons besoin aujourd’hui de changer le visage de la France. Il est temps qu’on arrête d’attaquer les juifs », a-t-il dit: « La haine, ça suffit! ». Des bougies ont été allumées par la famille et des personnalités, dont le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb et la maire PS de Paris Anne Hidalgo, avant que ne soit dit le « kaddish des endeuillés ».

Deux hommes, dont un voisin familier de Mireille Knoll, ont été mis en examen et écroués pour « homicide volontaire » à caractère antisémite après la découverte du corps de l’octogénaire, frappé de onze coups de couteau et en partie carbonisé dans son modeste appartement.

Les policiers privilégient la piste d’un vol ayant ciblé la vieille dame rescapée de la rafle du Vel d’Hiv’, avant de virer au meurtre pour des raisons qui restent à éclaircir. La justice a retenu le caractère antisémite notamment parce qu’un des deux mis en examen connaissait la religion de la victime.

Un an après la mort, dans le même XIe arrondissement parisien, de Sarah Halimi, défenestrée par un voisin aux cris d' »Allah Akbar », ce nouveau meurtre d’une femme juive a scandalisé bien au-delà de la communauté juive française, la plus importante d’Europe.

Statistiquement en baisse, le nombre d’actes antisémites reste élevé en France où la minorité juive, qui représente moins de 1% de la population, est la cible d’un tiers des faits de haine recensés. Les actions les plus violentes sont même orientées à la hausse.

 

 

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