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18/06/17

Ecrire sur la Shoah dans l’ex-Union Soviétique, hier et aujourd’hui. Part I

annie epelboin

Emission: Le bénéfice du doute
Invité(s): Epelboin Annie

Babi Yar, le ravin où la population juive de Kiev a péri massacrée au moment de l'invasion de l'URSS par les nazis, est pour nous un symbole de la Shoah par balles. Mais le symbole ne vaut pas uniformément partout. Démêler l’écheveau de la mémoire du Mal en ex-URSS est une tâche complexe : sur les « terres de sang » (Snyder) où la moitié du génocide juif a eu lieu, la mémoire de la Shoah, longtemps empêchée, s’est mêlée et superposée à d’autres strates mémorielles, au souvenir également empêché d’autres traumatismes collectifs, créant un effet de brouillage. La littérature peut-elle nous aider à y voir plus clair et à articuler la mémoire du génocide juif aux mémoires conflictuelles de l’ex-Union Soviétique ?

Annie Epelboin, universitaire, est spécialiste de littérature soviétique. Elle a notamment publié (avec Assia Kovriguina) La Littérature des Ravins. Ecrire sur la Shoah en URSS (éd. Laffont, 2013), et édité en traduction française la version non-expurgée du roman-document Babi Yar d’Anatoli Kouznetsov (éd. Laffont, 2011).

émission en deux parties.

À propos du livre : «LA LITTÉRATURE DES RAVINS Écrire sur la Shoah en URSS »

éditions Robert Laffont

la litterature des ravinsLa moitié des victimes de la Shoah a été assassinée en territoire soviétique. Les meurtres de masse ont eu lieu le plus souvent dans des ravins, aux abords des villes, et les témoins ont été innombrables. N'aurait-on rien écrit là ou tout le monde a vu ou du moins entendu ? Qu'a-t-on tenté de dire contre l'oubli ?

Des oeuvres ont été rédigées, souvent d'une force poignante : nombreux sont ceux qui, face aux ravins ou aux ruines des ghettos, ont voulu que l'extermination des Juifs par les nazis puisse rester en mémoire. Mais ces textes, manipulés ou étouffés par la censure, n'ont pas permis qu'advienne « l'ère du témoin » que connaît l'Occident. Ce livre éclaire les raisons qui ont amené les autorités soviétiques à les faire disparaître, comme ils ont fait disparaître les ravins, ou toute la population juive a été assassinée par les nazis. La mémoire de substitution, très vite imposée en URSS, gommant la spécificité de ce qu'ont enduré les Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, a effacé les traces du génocide une seconde fois. Les problèmes liés à la collaboration avec les nazis d'une partie de la population soviétique ont été refoulés et demeurent une gêne majeure. Pourtant, confrontés à l'assassinat sans pouvoir réagir, certains témoins avaient très tôt décidé d'écrire. Nombreux également ont été les soldats et correspondants de guerre, écrivains jeunes ou expérimentés comme Vassili Grossman ou Ilya Ehrenbourg qui, arrivés sur les lieux lors de la reconquête, n'ont pu se soustraire à la réalité des multiples charniers à ciel ouvert, bien avant de découvrir les camps d'extermination.

Le livre révèle cette « littérature des ravins » qui devrait infléchir notre réflexion sur le témoignage, centrée jusque-là sur l'expérience occidentale de l'extermination dans les camps. Le paradigme du témoin rescapé, revenant à la fin de la guerre de lieux très éloignés, n'est plus désormais la seule référence.

Écrites sous l'oppression soviétique, censurées, mutilées ou cachées, ces oeuvres sont un appel à la mémoire bafouée à deux reprises. Elles font entendre des voix qui, face à la menace et au désespoir, ont tenté au fil des décennies d'atteindre leur public. Leur rendre justice aujourd'hui, c'est aussi nous permettre de comprendre la Shoah dans toute son étendue.

À propos du livre : «BABI YAR »

éditions Robert Laffont

Anatole KOUZNETSOV

Préface de Annie EPELBOIN

Traduit par Annie EPELBOIN M MENANT

Paru en 1970, le grand livre-témoignage sur la Shoah à l'Est est publié aujourd'hui dans une version rendue conforme à l'original non censuré, et préfacé par Annie Epelboin qui nous éclaire sur ce que la censure soviétique voulait qu'on ignore des massacres, de la collaboration des Ukrainiens et de leurs causes.

Emouvant et sincère hommage à la liberté de conscience, face aux tragédies du XXe siècle.

baby yarAnatole Kouznetsov avait 12 ans lorsque l'armée allemande occupa Kiev en 1941. Il habitait un faubourg situé à proximité du ravin de Babi Yar, lieu sinistrement célèbre, ou des dizaines de milliers de personnes ont été massacrées par les nazis, dont une grande majorité de Juifs. Lorsqu'il put s'aventurer dans le ravin ou avaient eu lieu les fusillades, il ne trouva que des cendres et se jura de témoigner un jour de ce qu'il avait vu. Il consigna aussitôt dans un cahier d'écolier les souvenirs de ces années atroces et, durant vingt ans, l'augmenta de ses réflexions personnelles, en marge de l'histoire officielle qui taisait la vérité des massacres et des drames qui les ont précédés ou suivis, après la fin de la guerre. Il y intégra des documents authentiques et des témoignages recueillis auprès des survivants, mena son enquête et composa un " roman-document " ou s'entremêlent le fait historique, l'autobiographie et la méditation sur les dictatures du XXe siècle, sur la souffrance que l'homme est capable d'infliger à l'homme.

Lorsqu'il fit publier son roman en 1966, il fut accablé de constater que la censure l'avait réduit d'un tiers, supprimant la part gênante de la version authentique des évènements : l'extermination des Juifs de Kiev, la collaboration de beaucoup d'Ukrainiens et ses raisons véritables. Ce texte amputé et rendu conformiste fut aussitôt traduit à l'étranger, en France notamment, mais Kouznetsov, décidé à publier un jour son roman dans son intégrité, continua d'y travailler et " choisit la liberté " en 1969, emportant sur lui à Londres les microfilms du manuscrit.

Cette version a été publiée en 1970 en France, sans que son importance révélatrice soit perçue du public français. Elle est republiée aujourd'hui, dans une version rendue conforme à l'original, qui met à nu l'action de la censure et les raisons qui ont mené les autorités soviétiques à opérer ce déni de l'Histoire.

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