Syrie : Assad nie tout rôle dans le massacre de Houla, accuse de nouveau l’étranger

Photographe/AFP. Bachar al-Assad prononce un discours depuis le Parlement à Damas le 3 juin 2012.

Le président syrien Bachar al-Assad a nié dimanche tout lien avec le massacre de Houla dans lequel 108 personnes dont 49 enfants ont péri le 25 mai, se disant déterminé à venir à bout de la révolte qui secoue son régime depuis près de 15 mois.

Resté sourd aux appels à cesser la violence, M. Assad a de nouveau accusé l’étranger de mener une « guerre » contre la Syrie et écarté tout dialogue avec l’opposition, dans un discours de plus d’une heure devant le nouveau Parlement.

La communauté internationale a multiplié ces derniers jours les mises en garde contre les risques d’une guerre civile en Syrie, même si elle est divisée sur la façon de régler le conflit alors que le cessez-le-feu préconisé par le médiateur de l’ONU et de la Ligue arabe Kofi Annan est resté lettre morte.

Devant les députés issus des élections du 7 mai organisées en pleines violences et boycottés par l’opposition, M. Assad a rendu hommage à « tous les martyrs, civils ou militaires ».

Il a souligné que ceux ayant commis le carnage de Houla (centre) étaient des « monstres ».

La rébellion et le régime se sont rejeté la responsabilité du massacre, alors qu’un haut responsable de l’ONU a dit que « de forts soupçons » pesaient sur les milices pro-régime.

Le président syrien a martelé que son pays faisait face à un « plan de destruction » et « à une véritable guerre menée de l’étranger », se posant en rempart contre le « terrorisme qui augmente ».

Assimilant la révolte à du « terrorisme », il a souligné que son régime avait en vain « essayé par tous les moyens politiques » de sortir de la crise. Mais ceux responsables du « terrorisme (..) sont chargés d’une mission et ne s’arrêteront que s’ils l’accomplissent ou si nous arrivons à les arrêter ».

M. Assad a prévenu qu' »il n’y aurait pas de compromis dans la lutte contre le terrorisme. La sécurité de la nation est une une ligne rouge ».

Il a écarté tout dialogue avec les opposants « liés à l’étranger », en allusion notamment au Conseil national syrien (CNS), principale composante de l’opposition, qui refuse à son tour tout dialogue avant un départ de M. Assad.

Réagissant au discours, un responsable du CNS joint par l’AFP a dénoncé des propos qui reflètent la volonté du président Assad de poursuivre la répression « dans le sang ».

Les militants pro-démocratie ont riposté aux propos du président syrien sur leur page « Syrian Revolution 2011 » sur Facebook: « Sortons tous, (…) pour répondre au bourreau, au meurtrier des enfants. Mettez-vous en colère, intensifiez la colère sur le terrain par tous les moyens ».

La révolte s’est militarisée au fil des mois face à la répression. Les violences continuent de tuer malgré la présence de près de 300 observateurs de l’ONU censés surveiller un cessez-le-feu proclamé le 12 avril dans le cadre du plan Annan et systématiquement violé.

Samedi, 89 personnes ont été tuées, dont 57 soldats, selon l’OSDH, le bilan le plus lourd pour l’armée régulière en une journée depuis mars 2011.

Dimanche, sept personnes ont péri à Alep (nord), Hama (centre) et près de Damas, par des tirs et dans un pilonnage. Des dizaines de civils ont été blessés par des bombardements à Douma, près de Damas.

Plus de 13.400 personnes ont été tuées en près de 15 mois, en majorité des civils morts dans la répression, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

« Manoeuvres »

Face à l’escalade, le chef de la diplomatie saoudienne Saoud Al-Fayçal, dont le pays est très critique du régime syrien, a accusé M. Assad de « manoeuvrer » pour « gagner de temps » et affirmé que son pays « soutient la création d’une zone tampon en Syrie ».

Présent aussi à Jeddah, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a dit avoir pris acte des demandes de la Ligue arabe de fixer un calendrier pour l’application du plan Annan et de recourir au Chapitre VII de sa charte pour imposer la rupture des liens diplomatiques et des sanctions à la Syrie. Il a dit souhaiter qu’elles soient « discutées par le Conseil de sécurité ».

À son tour, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a accusé M. Assad de conduite « autocratique ».

« Jusqu’à présent, je ne l’ai pas vu appréhender les réformes avec une compréhension démocratique. Il continue d’appréhender les problèmes avec une logique autocratique », a dit M. Erdogan à la presse, ajoutant qu’il sera « très difficile d’instaurer la paix en Syrie tant que cette compréhension prévaudra ».

Human Rights Watch a appelé à « isoler » les groupes vendant des armes à Damas, comme la compagnie publique russe Rosoboronexport: « Fournir des armes à la Syrie alors que des crimes contre l’humanité y sont commis pourrait revenir à une assistance dans l’accomplissement de ces crimes ».

Au Liban où la révolte syrienne attise les tensions, 14 personnes ont été tuées depuis samedi à Tripoli (nord) dans des affrontements entre Libanais pro et anti-Assad.

AFP 3/06/2012