Syrie : Le régime de Bachar al-Assad accusé par l’ONU de la plupart des abus

Photographe/AFP. Photo transmsie par le réseau de l'opposition syrienne Shaam News Network montrant des funérailles à Dael, dans la province de Daraa, le 23 mai 2012.

Le président Bachar al-Assad a estimé que la Syrie était « capable de sortir de la crise », évoquant le conflit qui ensanglante son pays depuis plus de 14 mois et dans lequel les forces du régime commettent « la plupart » des abus, selon des enquêteurs de l’ONU.

Dans le même temps, Burhan Ghalioun a démissionné de ses fonctions à la tête du Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l’opposition au régime qui s’obstine à étouffer la contestation populaire lancée en mars 2011 et qui s’est militarisée au fil des mois.

Mais une nouvelle fois, M. Assad, qui ne reconnaît pas la contestation et assimile opposant et rebelles à des « terroristes » armés par l’étranger, a assuré que la Syrie était capable de « sortir de la crise ».

« La Syrie a pu surmonter les pressions et les menaces qu’elle subit depuis des années », a-t-il dit en recevant un responsable iranien à Damas, selon l’agence officielle Sana. « Elle est capable par la résistance de son peuple et son attachement à l’unité et à l’indépendance de sortir de cette crise ».

Allié stratégique de Téhéran dans la région, M. Assad a par ailleurs reçu de son homologue et allié iranien Mahmoud Ahmadinejad une invitation au sommet des pays non-alignés en septembre en Iran.

Dans un nouveau rapport publié à Genève, les enquêteurs mandatés par le Conseil des droits de l’Homme ont toutefois estimé que « la plupart des violations graves » en Syrie « ont été commises par l’armée et les services de sécurité ».

« L’armée a employé un large éventail de moyens militaires, y compris des tirs d’artillerie lourde sur des zones civiles », écrit la commission d’enquête tout en faisant état d’informations selon lesquelles « les groupes armés anti-gouvernement commettent aussi des abus ».

Selon la commission, les troupes poursuivent les exécutions extrajudiciaires et la pratique de la torture, même sur des enfants de 10 ans, soulignant que les enfants « font fréquemment partie des tués ou des blessés durant les attaques sur les manifestations et les bombardements ».

Cette commission d’enquête internationale, établie en août 2011, n’a toujours pas reçu le feu vert de Damas pour se rendre en Syrie.

A Damas, le nouveau Parlement, issu des élections du 7 mai raillées par la communauté internationale et boycottées par l’opposition, a élu un nouveau président, Jihad Lahham, un avocat membre du parti Baas au pouvoir.

Plus de la moitié des députés seraient désormais issus des rangs du Baas qui dirige la Syrie depuis 1963, selon un décompte de médias syriens en ligne. Aucune annonce officielle des résultats n’a été faite pour le moment.

Sur le terrain, et malgré le plan de sortie de crise de l’émissaire international Kofi Annan soutenu par l’ONU et accepté par le régime et les rebelles, les violences ne connaissent aucun répit avec des dizaines de victimes chaque jour.

Quelque 270 observateurs de l’ONU sont déployés dans le pays et tentent en vain de faire respecter un cessez-le-feu en vigueur officiellement depuis le 12 avril, en application du plan Annan, mais systématiquement violé.

Jeudi, au moins 13 personnes ont péri dans les violences, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Dans la région d’Idleb (nord-ouest), les troupes ont exécuté sommairement quatre personnes arrêtées dans leurs maisons. Quatre autres civils ont été tués lors de combats entre soldats et rebelles dans cette région.

L’armée continuait en outre à bombarder Rastane, dans la province de Homs (centre), farouchement défendue depuis des mois par les rebelles, et encerclait la ville presque vidée de ses habitants.

« Des obus sont tombés sur la boulangerie de Rastane » faisant au moins trois morts, a rapporté l’ONG.

Dans la province de Deir Ezzor (est), un jeune homme a été tué par l’armée et un soldat a péri lors de combats avec des déserteurs.

Face aux critiques à son encontre et aux divisions au sein de l’opposition, M. Ghalioun a démissionné après avoir été réélu le 15 mai pour un troisième mandat à la tête du CNS, selon un communiqué du groupe publié dans la nuit de mercredi à jeudi à l’issue d’une réunion à Istanbul.

Sa démission été acceptée par le CNS qui lui a toutefois demandé de poursuivre sa tâche jusqu’à l’élection d’un nouveau président lors d’une réunion les 9 et 10 juin.

Les détracteurs de M. Ghalioun lui reprochent essentiellement la grande influence des Frères musulmans au sein du CNS et son manque de coordination avec les militants sur le terrain.

Le CNS a appelé « la communauté internationale à agir d’urgence pour adopter un nouveau mécanisme, par le biais du Conseil de sécurité, afin de contraindre le régime à mettre fin à ses crimes », en accusant ce dernier de « poursuivre les tueries, dans une tentative délibérée de faire échouer » le plan Annan.

AFP 24/05/2012